En lisant la presse, l’actualité nucléaire est au cœur des sujets évidemment sensibles. Prépare-t-on le terrain pour enfouir nos espoirs d’une sortie de la fission nucléaire?

Axpo, l’énergéticien, demande la prolongation des réacteurs de Beznau datant de 1969 et 1972. Les chambres fédérales ont, sur leurs tables, les différents sujets liés à «Stop au Blackout». En novembre 2024, Antje Kanngiesser, directrice d’Alpiq, prévenait les entrepreneurs de ne pas compter sur l’atome. Malgré ce discours modérateur, il faut garder la tête froide. Sa volonté de réintroduire le nucléaire en Suisse est bien un objectif. La directrice survole le problème de la chaîne d’approvisionnement qui doit inclure le stockage définitif des déchets radioactifs. Est-ce cohérent de soutenir le retour du nucléaire sans avoir de solution avant 2060 afin de traiter nos déchets?

De nouveaux réacteurs en France

La presse française le 21 décembre 2024 relatait que le réacteur nucléaire EPR 2 (Evolutionary Power Reactor) de Flamanville, le plus puissant de France, avait été raccordé au réseau national. EPR 2 désigne un système global de 3ème génération, intégrant notamment une enveloppe protectrice en béton, des systèmes de sécurité – à la suite de différents accidents -, un groupe turbo-alternateur qui assure la production d’électricité ou bien encore des constructions de génie civil. L’EPR 2 fonctionne selon les mêmes principes généraux que ses prédécesseurs, soit avec un réacteur à eau sous pression (REP – PWR) de 2ème génération, utilisant des neutrons lents ralentis par de l’eau, de l’uranium 235 générant des déchets et du plutonium. Par kWh produit, l’EPR 2 et ses petits frères dans le monde – AP 600/1000 – ABWR – ESBWR – consomme de 7 à 15% d’uranium en moins que les réacteurs de seconde génération. Il peut employer un mélange d’oxyde d’uranium (de l’ordre de 93%) et d’oxyde de plutonium (de l’ordre de 7%). Ceci engendrerait une réduction d’approximativement 10% de la quantité de déchets radioactifs à vie longue produite par kWh. C’est un «grand moment pour le pays», a salué le président Macron, souffrant d’une perte de mémoire par rapport au miracle attendu depuis 12 ans, au coût faramineux (évalué à 13.2 milliards d’euros par EDF, soit un quadruplement du devis initial de 3.3 milliards, sans tenir compte de frais annexes portant le total à 19.1 milliards).

Pire, l’État français prévoit désormais de construire six nouveaux réacteurs avec une version simplifiée de l’actuel EPR 2 de Flamanville – qui restera donc un modèle unique en France. A priori moins coûteux et moins complexes, ces modèles seront répartis en trois paires sur des sites déjà existants d’ici 2035; puis au cours de la décennie suivante au Bugey1 (Ain). Simplifier l’actuel EPR 2 de Flamanville revient à démontrer l’échec total de ce type de réacteur. C’est un suicide multigénérationnel que la Suisse et la France par le choix du Bugey à la frontière genevoise imposent à leurs populations!

Ce débat offre une cure de jouvence à toutes les personnes ayant manifesté leur désapprobation au surgénérateur de Creys-Malville. Cette installation faisait partie de la quatrième génération des réacteurs. Cette technologie repose toujours sur la fission en exploitant de l’uranium (naturel ou appauvri) qui, irradié par des neutrons rapides, est converti directement en plutonium ou thorium. Les déchets se limiteraient aux produits de fission, débarrassés du neptunium, de l’américium et curium. Ils seraient plus aisément stockés et retrouveraient le niveau de radioactivité de l’uranium naturel au bout de 300 ans environ. Les trois systèmes à neutrons rapides sont GFR (Gas-cooled Fast Reactor), réacteur à neutrons rapides refroidi au gaz, SFR (Sodium- cooled Fast Reactor), réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium, LFR (Lead-cooled fast Reactor), réacteur à neutrons rapides refroidi au plomb. Tout en précisant que le mélange fortuit du sodium et de l’eau, engendre une réaction déflagrante et extrêmement calorifique.

Une pseudo-nouvelle technologie

Est-ce que les nouvelles technologies de fission diminuent réellement notre dépendance aux pays fournisseurs d’uranium enrichi? Les investisseurs ne sont pas des philanthropes et désirent un rendement financier immédiat en mettant de côté la recherche sur la fusion nucléaire. Il est indispensable de rester vigilant aux discours lénifiants des pronucléaires et surtout: ne jamais croire à la pseudo-nouvelle technique nucléaire reposant sur la fission, indépendamment de sa génération.

1 Il faut rappeler que le Grand Conseil vaudois avait transmis une résolution au Conseil d’Etat