Le projet de budget présenté par le gouvernement, à majorité de droite, est parfaitement en ligne avec son action durant toute la législature: sans direction, incapable de faire des choix et impréparé face aux défis que l’avenir nous réserve. Les enjeux climatiques, notamment suite à l’été 2026 que nous venons de vivre, sont quasiment absents de ce budget. Aucun investissement supplémentaire, pourtant nécessaire, n’est annoncé. À cela s’ajoute la menace de l’initiative 12% qui pourrait porter un coup fatal aux services publics de l’État. 

La vision financière du gouvernement n’est pas à la hauteur des enjeux qui nous attendent. Dans un canton dont la croissance économique atteint près de 3%, la politique de dépense et d’investissement devrait faire preuve d’ambition et non de retenue. Notre canton va bien et son activité doit être soutenue. Nous avons besoin d’une direction, d’une vision politique qui nous mette sur les rails des énormes défis, notamment climatiques, qui nous attendent pour la prochaine décennie.

Les réformes structurelles de l’État, les gains d’efficience et le plan de retour à l’équilibre : tous ces éléments de stratégie et de vision à long terme sont à nouveau absents de ce budget ainsi que de toute planification du Conseil d’État. Hormis quelques effets d’annonce, aucune trajectoire claire n’est présentée. Nous avons toutes et tous l’envie de voir un Canton ambitieux, capable de s’investir pour sa population.

Si l’on peut saluer la poursuite des efforts de sincérité budgétaire, sur le fond, le budget est loin d’être satisfaisant pour les Vert·e·s, explique Kilian Duggan, président de groupe et commissaire aux finances:

À l’exception de la coupe sur l’accueil de jour et du délai de carence pour le remplacement de postes vacants, l’ensemble des mesures d’économie de 2026 sont reconduites. Leur effet va continuer à se ressentir durablement, notamment dans les secteurs social, de la santé ou de l’environnement.

À ces mesures s’ajoutent 68 mios de coupes supplémentaires, qui touchent à nouveau les bas salaires (nouvelle mesure sur les subsides LAMal), les communes (répartition de l’impôt sur les gains immobiliers) et les transports régionaux. Aucun effort n’est par contre demandé du côté des aides économiques aux entreprises, qui restent souvent mal ciblées.

Le budget 2027 est également marqué par la poursuite du programme de baisse fiscale (-7% sur l’impôt sur le revenu). Ces baisses contraignent à puiser dans la fortune pour faire fonctionner le ménage courant, et empêchent de développer des politiques publiques importantes. Il ne faut pas se le cacher, recourir, à long terme, aux capitaux propres de l’État, n’est pas tenable. Dans ce sens, la poursuite, irresponsable, des baisses d’impôt n’est pas compréhensible. Alors que les efforts demandés à l’administration atteignent déjà 260 millions depuis le début de la législature et que nous devons travailler à équilibrer les finances à long terme, renoncer à attaquer la substance fiscale devrait être un élément fondamental de cette stratégie.

L’urgence climatique reléguée au second plan

Dans ce budget, l’urgence climatique est toute relative, regrette Théophile Schenker, commissaire aux finances:

Alors que la canicule et la sécheresse de 2026 rappellent l’urgence d’une réaction et d’investissements massifs dans des mesures d’atténuation et d’adaptation, ce budget ne reflète pas cette priorité. Les réductions ciblées des tarifs des transports publics, importantes pour faire évoluer les habitudes de mobilité, sont à nouveau repoussées.

 

L’épée de Damoclès de l’initiative 12%

Une coupe supplémentaire de 272 millions ne pourrait pas être absorbée par le budget présenté. Il serait nécessaire de recourir davantage à la fortune (déjà ponctionnée à hauteur de 440 millions) et de couper encore dans des prestations de l’État.

Car pour trouver immédiatement ces fonds supplémentaires, la méthode déjà éprouvée par le Conseil d’État consiste à couper prioritairement dans des prestations directes à la population ou dans des subventions à des organismes qui en ont la charge : hôpitaux, hautes écoles et université de Lausanne, entreprises de transport public, etc. Dès 2027, les prestations à la population pourraient être encore davantage réduites, comme le relève Rebecca Joly, présidente des Vert·e·s vaudois·es :

À ce budget déjà peu enthousiasmant, l’acceptation de l’initiative 12% porterait un coup de canif supplémentaire dans les services publics.

Ce budget est à l’image de cette législature : il refuse de faire des choix politiques et stratégiques. En refusant de se poser des questions fondamentales sur les priorités en termes d’action publique et sur les réformes structurelles nécessaires au bon fonctionnement de ce canton, la majorité actuelle a creusé un gouffre financier. Les prochaines élections générales seront décisives pour l’avenir du canton.