Alors que le «Mois sans fumée» bat son plein en ce mois de novembre, la Suisse est toujours à la traîne dans la lutte anti-tabac. On connaît depuis longtemps les ravages du tabac sur la santé: cancers, maladies cardiovasculaires, dépendance ou impact de la fumée passive. Mais un autre fléau, plus discret, s’étend toujours dans nos rues, nos rivières et nos lacs : la pollution environnementale liée aux produits à base de nicotine. Du mégot de cigarette aux vapoteuses jetables, en passant par les snus (ces petits sachets de tabac à se coller sur les gencives), l’industrie du tabac continue d’empoisonner bien au-delà des poumons.
Ces dernières années, le taux de fumeurs n’a cessé de baisser en Suisse, mais les multinationales du tabac sont créatives : nouveaux produits pour fidéliser les jeunes (et ainsi rester client – ou captif – toute une vie), publicité agressive et, surtout, lobbying continu auprès des partis de droite afin de freiner toutes les politiques de prévention en matière de santé publique. Aux dernières élections, les géants du tabac n’ont d’ailleurs pas manqué d’arroser les partis de droite. En conséquence, les dépôts parlementaires limitant l’impact de la cigarette (interdiction des puffs ou limitation de la fumée en terrasse, sur les plages ou les places de jeux) sont à chaque fois combattus par la droite prônant la fameuse «responsabilité individuelle».

La Suisse se classe ainsi avant-dernière d’un classement de 90 États en termes d’ingérence de l’industrie du tabac dans les politiques de santé publique. Et les conséquences se retrouvent ainsi à la fois dans les poumons, mais aussi sur nos rives : lors des nettoyages des plages, les mégots sont à la fois le déchet le plus répandu mais également l’un des plus polluants. Le filtre d’une cigarette est composé d’acétate de cellulose, un plastique qui met plus de dix ans à se décomposer. En se fragmentant, il libère ensuite des microplastiques, des métaux lourds et des résidus de nicotine, qui contaminent les sols et les cours d’eau. Les mégots, les puffs, les emballages de cigarettes chauffées sont des symboles de pollution ordinaire — celle qu’on banalise, qu’on tolère, qu’on oublie.
 
La proximité des partis de droite avec les géants du tabac est donc à suivre de près, tout comme leurs positions dans les prochains débats cantonaux et nationaux – à la fois sous l’angle de la santé publique mais également de la protection de l’environnement. Et vu notre position actuellement, une marge de progrès ne semble pourtant pas la mer à boire. Tant que la fumée des lobbys brouillera la vue de nos élus, la Suisse continuera d’étouffer dans son retard.