Le droit de dire aux gens ce qu’ils ne veulent pas entendre
Les Vert·e·s et Jeunes Vert·exs prennent acte avec un peu d’effroi de l’interpellation du PLR bien que nous partageons largement l’idée que la démocratie et le respect des institutions doit être défendu pour autant évidemment qu’elles soient défendables. Mon groupe et moi avons en haute estime les droits fondamentaux, tout autant que les débats et peut-être par dessus tout la divergence d’opinion. J’ose espérer que jusque là nos avis se concilient.
Cela étant pour ne rien vous cacher l’interpellation que le PLR a déposé à la dernière séance fait plutôt froid dans le dos dans les volontés de menace de censure qu’elle véhicule. Elle va a l’exact opposé du but qu’elle semble souhaiter viser à savoir la protection de la démoctratie, outre évidemment son but électoralistes entendez-moi bien.
L’interpellation dit je cite « La liberté artistique et la liberté d’expression, piliers essentiels de toute société démocratique et qu’ils ne sauraient justifier des propos ou des symboles qui alimentent la haine, la division ou la délégitimation des institutions publiques » Certes, c’est louable pour reprendre votre mot, mais ce n’est pas au PLR de faire la police et de limiter la liberté d’expression, d’être juge de cela en limitant l’octroi de subvention ni à la municipalité par ailleurs mais bien un tribunal le cas échéant, c’est ce qu’on appelle la séparation des pouvoirs, principe démocratique fondamental auquel vous devriez être attachés.
Ce dépôt fait mine de souhaiter défendre la démocratie ou de s’en inquiéter à tout le moins mais traduit malheureusement une conception dangereusement restrictive de la culture et de la liberté d’expression. Une méconnaissance crasse aussi du festival visé et des ses propositions de contenus artistiques. C’est assez classique de la part du PLR de critiquer des institutions culturelles sans savoir ce qui s’y passe. Y êtes vous seulement allés, est-ce que vous savez ce qui se dit et se fait au LUFF? ça n’en donne pas l’impression.
Cette interpellation veut faire émerger l’idée que la censure est tolérable dans certains cas et ceci de façon parfaitement décomplexée. Ce qu’on comprend surtout c’est que oui vous êtes en accord avec la liberté d’expression pour autant que celle ci soit dans les clous de vos perceptions et conceptions, vous tolérez tant qu’elle ne vous dérange pas. Pourtant La CEDH l’a dit clairement et à plusieurs reprise:
La liberté d’expression vaut également pour les idées qui «offensent, choquent ou inquiètent».
En vérité cette interpellation ne défend certainement pas la démocratie mais bien au contraire a surtout pour effet de tenter de la fragiliser. Elle traduit une volonté de surseoir l’octroi de subvention à vos opinions propres. Tout est dans le titre: subvention ou subversion! Elle cherche à cadrer et moraliser la culture qui ne s’accordent pas à vos visions ou préoccupations sociétales, elle cherche à soumettre l’art à l’institution qui aide à le financer. Quand même…. Vous reconnaitrez que la pente est salement glissante, n’est-ce pas?
La véritable responsabilité d’une collectivité démocratique, de la ville en l’occurrence est de coûte que coûte protéger la liberté d’expression, surtout quand elle dérange quand elle pique et quand elle secoue. Le luff est depuis 25 ans un espace qui interroge les systèmes de pouvoir, les dérives autoritaires, les mécanismes de contrôle social..
La liberté artistique que le LUFF utilise avec courage n’est pas un caprice ou une faveur mais c’est un des piliers qui constitue notre démocratie et l’art n’a pas vocation de flatter les institutions ni par ailleurs de leur faire ombrage. Toutefois il peut et doit pouvoir les bousculer, les interroger quitte à faire usage de playmobile.
Oui aujourd’hui le LUFF dérange nos institutions, car c’est un festival disruptif et c’est tant mieux. il questionne les violences policières et l’usage du pouvoir, il s’oppose avec fougue au génocide toujours en cours à Gaza. Il propose de débattre sur les violences policière d’ailleurs mais aussi d’ici et ce depuis bien avant les événements et autres groupe what’s app qui ternissent l’honneur et les gallons de la police de Lausanne. Le luff et nous l’en remercions, met le doigt sur tout plein de sujets qui font par hasard ou non l’actualité et sont sensibles et posent questions loin et près de chez nous. Nous ne saurions leur en faire le reproche ou y trouver motif de leur couper les vivres.
Pour terminer ça me fait penser à cette phrase d’Orwell qui dit: « Si la liberté signifie quelque chose, c’est le droit de dire aux gens ce qu’ils ne veulent pas entendre. ». Merci encore donc au PLR pour son interpellation que je ne voulais pas entendre et merci de m’avoir écoutée même si vous ne vouliez pas m’entendre et je passe maintenant à notre positionnement sur les résolutions. Nous refusons les 4 en bloc.