Postulat

En Suisse, de nombreux et nombreuses étudiant·e·s terminent leurs études après leur 25ème anniversaire. Et pour cause l’âge moyen des étudiant·e·s se situe à 26 ans.

Ce dernier est de 29,3 ans pour les étudiant·e·s de la HEP, de 26,5 ans pour celleux étudiant dans des HES et finalement de 25 ans dans les hautes écoles universitaires.

La part d’étudiant·e·s de plus de 25 ans y est élevée, en comparaison européenne.

Plusieurs raisons expliquent cet âge relativement tardif : service militaire obligatoire, arrivée d’un enfant, durée des études secondaires variable entre les cantons, années de travail ou passerelles d’une formation à une autre. La Suisse est également un pays dans lequel la formation professionnelle est très prégnante mais où de plus en plus de personnes commencent par faire un apprentissage avant de poursuivre leur formation dans le secteur tertiaire.

Toujours en Suisse, plusieurs aides étatiques existent en soutien aux jeunes en formation : allocations familiales, abonnements de transports publics réduits, rabais sur les offres culturelles etc… Quel est le point commun entre ces aides ? Elles s’arrêtent toutes à 25 ans.

25 ans, c’est donc l’âge fatidique pour les personnes en formation à partir duquel tout devient plus cher. Le prix des assurances maladies augmente et les aides étatiques et multiples formes de rabais s’arrêtent. Et ce n’est pas comme si le système de bourses en Suisse était très généreux envers les étudiant·e·s. Seulement 11% de la population estudiantine bénéficie de bourses ou de prêts et il faut très souvent attendre des mois avant d’obtenir une réponse, positive ou négative. Pour financer leur formation, 72% des étudiant·e·s travaillent à côté de leurs études, dont près d’un tiers à un taux d’activité de plus de 40%.

En novembre 2025,  l’UNES a publié un communiqué de presse retraçant les derniers résultats de l’enquête sur la situation sociale et économique des étudiant·e·s conduite par l’OFS. Et les résultats sont clairs : Les difficultés sociales et psychologiques se font de plus en plus fréquentes durant les études et les inégalités d’accès à l’enseignement supérieur s’aggravent. Les étudiant·e·s qui déclarent rencontrer des difficultés financières importantes sont davantage touché·e·s par des difficultés psychiques.

Au-delà des conséquences psychologiques, précariser les étudiant·e·s revient à fragiliser des personnes au moment même où se joue leur entrée dans la vie professionnelle. Contracter un prêt qu’il faudra rembourser des années durant, accepter un emploi choisi pour son salaire plutôt que pour ses compétences, ou renoncer purement et simplement à sa formation : autant de décisions prises sous contrainte financière, dont les effets se prolongent bien après l’obtention du diplôme. Ce moment charnière mérite d’être soutenu, plutôt que fragilisé par un critère d’âge déconnecté de la réalité.

Les résultats montrent un lien clair entre la santé mentale et les moyens financiers. Celleux qui ne bénéficient pas du soutien de leur famille risquent de faire face à de grandes difficultés psychologiques et financières ; et cette situation apparaît particulièrement précaire pour les étudiant·e·s dont les parents n’ont pas de diplôme d’une haute école.

Si une partie des réponses à cette précarité étudiante se situe au niveau de l’octroi de bourses ou d’allocations familiales plus généreuses et non conditionnées à une limite d’âge, la Ville de Lausanne a la possibilité d’agir à son échelle. En réévaluant ses aides financières à destination des étudiant·e·s et en supprimant l’âge de ses critères d’octroi, la Ville peut faire un pas en soutien aux personnes en formation.

Parce que si l’âge moyen des étudiant·e·s en Suisse est de 26 ans, force est de constater que fixer une limite de 25 ans comme condition d’octroi à une réduction dans un abonnement de bus par exemple, n’est plus en phase avec la réalité d’aujourd’hui. Et pour cause, une disparition de réduction de 300.- par an pour un abonnement de transport public par exemple, peut peser lourdement sur un budget total.

En plus de l’abonnement de transport, la Ville de Lausanne propose de nombreuses offres culturelles réduites pour les jeunes en formation : cinémas, théâtres, musés etc… Là aussi ces aides sont conditionnées à un âge limite, de 25 ou 27 ans en fonction des endroits, rendant l’accès à la culture plus compliqué pour la population étudiante ayant dépassé ce seuil.

Pour toutes les raisons susmentionnées, le présent postulat invite ainsi la Municipalité à étudier l’opportunité de recenser les aides à destination des jeunes en formation et de les étendre à l’ensemble des étudiant·e·s, peu importe leur âge.

OFS, 2020. Présentation du profil des étudiant·e·s des hautes écoles en Suisse
https://www.swissstats.bfs.admin.ch/data/webviewer/appId/ch.admin.bfs.swissstat/article/issue21152552000-05/package

Situation économique et sociale des étudiant·e·s en Suisse, OFS, 2024
https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/education-science/personnes-formation/degre-tertiaire-hautes-ecoles/situation-sociale-economique-etudiants.html#budgettemps

Conditions d’études et de vie dans les hautes écoles suisses : Rapport principal de l’enquête 2024 sur la situation sociale et économique des étudiantes et étudiants.
https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/education-science/personnes-formation/degre-tertiaire-hautes-ecoles/situation-sociale-economique-etudiants.assetdetail.36147161.html

La précarité étudiante, 24H
https://www.24heures.ch/la-precarite-etudiante-gagne-encore-du-terrain-a-lunil-456860089990

Communiqué de presse de l’UNES (union des étudiant·e·s de Suisse)
https://vss-unes.ch/fr/les-etudiant-e-s-sous-pression-une-recente-enquete-montre-que-les-soucis-financiers-ont-un-impact-sur-leur-sante-psychique-studierende-unter-druck-neueste-umfrage-zeigt-finanzielle-sorgen-schlage/