Un lieu sûr pour le travail du sexe à Lausanne
Postultat
La situation des personnes travailleuses du sexe (TDS) à Lausanne s’est considérablement dégradée ces dix dernières années : réduction des zones autorisées, fermeture de salons, multiplication des lieux clandestins et hausse des violences. Face à cette précarité croissante, et malgré des engagements municipaux pris en 2020 et rappelés en 2022, aucune solution structurelle n’a encore été mise en place. Le modèle genevois du Barillon démontre pourtant qu’une alternative concrète est possible. Ce postulat invite la Municipalité à affirmer une volonté politique claire, à engager une étude de faisabilité en partenariat avec le canton et les associations de terrain, et à assurer un financement adéquat du suivi social, médical et juridique des personnes TDS.
Développement
La prostitution de rue reste une réalité à Lausanne, mais son contexte a profondément évolué ces dix dernières années. La réduction du périmètre autorisé, la fermeture de salons et l’absence de nouvelles structures adaptées ont accru la précarité des personnes travailleuses du sexe (TDS). Si des efforts ont été réalisés pour améliorer la cohabitation en ville, les conditions de travail des personnes TDS, elles, se sont détériorées.
Les salons de prostitution sur le territoire lausannois proposent aux personnes TDS la possibilité de lieux pour exercer leur activité. Les conditions proposées ne sont pas toujours adéquates, Fleur de pavé accueille régulièrement des personnes TDS qui se plaignent de locaux insalubres et de contrôles exercés par les tenanciers et tenancières, sous forme de loyers abusifs ou quant aux choix de la clientèle, voire au choix des prestations sexuelles. Les personnes TDS trouvent à Fleur de pavé un espace pour en parler de manière anonyme et confidentielle, mais elles n’osent pas dénoncer certains agissements : le chemin est encore trop difficile à emprunter. La stigmatisation, la peur de répercussions et la honte de trop se visibiliser sont les facteurs qui entravent ce parcours.
L’association Fleur de Pavé, active sur le terrain, alerte sur ces difficultés et souligne le besoin urgent de penser à un lieu pour proposer aux personnes TDS un espace sécurisé pour garantir leur santé et leur dignité. Malgré les engagements pris par la Municipalité en 2020 et rappelés en 2022, la question d’un lieu sécurisé reste sans réponse concrète à ce jour.
Ainsi, les réalités observées sur le terrain témoignent d’un accroissement des difficultés pour les personnes TDS :
- Les conditions de travail pour les personnes TDS qui exercent dans la rue se sont considérablement péjorées. Les personnes rencontrées par l’association Fleur de pavé lors de ses permanences en rue cumulent plusieurs facteurs de vulnérabilité. C’est pourquoi il est fondamental de maintenir ces prestations en rue, afin de leur offrir un espace d’accueil et d’écoute.
- La fermeture des salons en 2014, combinée à la réduction du périmètre de racolage, a laissé les personnes TDS sans alternatives viables, aggravant la précarité de leur travail.
- Il n’y a pas de nouveaux salons de prostitution officiellement déclarés à la Police Cantonale du Commerce. D’autres lieux se créent, dans l’invisibilité et la clandestinité, exposant les personnes TDS a encore plus de vulnérabilité, avec un impact sur la sécurité et la santé publique pour les personnes TDS et la population en général.
- Les violences sous différentes formes ont augmenté, et de nombreuses personnes ne portent pas plainte par peur des représailles ou de la stigmatisation.
- L’association Fleur de Pavé a initié un projet de recherche avec la HETSL pour identifier des solutions adaptées, mais celui-ci est actuellement bloqué faute de financement.
Parallèlement, Genève a su mettre en place une solution concrète en créant la Fondation Philénis, qui a permis d’acquérir un bâtiment, Le Barillon, offrant un cadre sécurisé pour les personnes TDS. Cette initiative a montré qu’il est possible de concilier santé publique, sécurité et cohabitation urbaine et de proposer ainsi un modèle alternatif aux salons de prostitution existants.
L’évaluation du Barillon après une année d’activité est très claire1 :
- Ce n’est pas l’activité du travail du sexe en tant que telle qui est précaire, ce sont les conditions dans lesquelles elle est exercée qui rendent vulnérables les personnes qui l’exercent et les précarisent.
- Le modèle du Barillon fonctionne d’un point de vue opérationnel et économique sans l’apport de contributions publiques.
- Les difficultés et les limites sont plutôt du ressort administratif et juridique.
Si la Municipalité a reconnu l’importance de la question et s’est engagée en 20222 à soutenir une étude de faisabilité, celle-ci n’a pas abouti, faute de financements suffisants.
L’évolution du contexte lausannois montre que les mesures prises ces dernières années ne suffisent pas à garantir la sécurité et la dignité des personnes TDS. Il est essentiel que Lausanne avance vers une solution structurelle, en s’appuyant sur les modèles existants et en impliquant les acteurs et actrices de terrain.
En conclusion, nous appelons la Municipalité à renforcer son engagement en faveur d’un projet concret, pour assurer un cadre de travail sécurisé aux personnes TDS et l’invitons à s’inspirer de l’exemple genevois, en collaboration avec les associations concernées et entenant compte des besoins réels des personnes TDS.
Le présent postulat invite la Municipalité à étudier l’opportunité de
- Déclarer une volonté politique afin que la situation décrite dans le présent postulat s’améliore.
- S’engager activement en collaboration avec les associations du terrain et les services cantonaux afin d’examiner ensemble la faisabilité d’un lieu de travail sécurisé pour les personnes travailleuses du sexe en Ville de Lausanne, en s’assurant que tous les services concernés par la thématique soient représentés.
- Garantir les ressources financières et humaines suffisantes aux associations actives sur le terrain, afin de renforcer le suivi social, médical et juridique des personnes travailleuses du sexe.
1 Évaluation du projet « Le Barillon », Joséphine Devaud, janvier 2026
2 Réponse de la Municipalité du 25 mai 2022 à deux résolutions de M. Xavier Company suite à son interpellation du 26 mai 2020 « Prostitution de rue : et si on arrêtait de fermer les yeux ? »