Vous les avez certainement déjà vues, les affiches « 2 x non aux initiatives phytos extrêmes » qui montrent des personnes en train de scier la branche sur laquelle elles sont assises. Mais quelle est cette branche ? Les pesticides de synthèse ? L’agriculture bio montre qu’une production de qualité est possible sans eux. Par contre, l’agriculture suisse – comme nous – a besoin de sols fertiles, d’une biodiversité intacte et d’eau propre. Les deux initiatives veulent protéger ces bases essentielles de la vie: l’initiative pour une Suisse libre de pesticides de synthèse par une interdiction des pesticides de synthèse, l’initiative pour l’eau potable propre en liant les subventions agricoles à certaines conditions en faveur de l’environnement, notamment à celle de ne pas utiliser des pesticides de synthèse. 

De quoi s’agit-il ? Les pesticides de synthèse sont des produits chimiques qui n’existent pas à l’état naturel. Par conséquent, nous connaissons mal leurs effets au moment de la mise sur le marché. Ils persistent très longtemps dans l’environnement, souvent sous forme de métabolites (produits de dégradation) encore plus dangereuses que la substance d’origine. Prenez l’exemple du chlorothalonil, fongicide largement utilisé depuis 1970 et interdit seulement en 2020, dont les métabolites se retrouvent maintenant partout dans les nappes phréatiques du plateau et menacent notre approvisionnement en eau potable.

Ces substances hautement toxiques (jusqu’à 10’000 fois plus toxique que le DDT !) mettent en péril la biodiversité. Ils sont répandus par la pluie et le vent (quand ce n’est pas par hélicoptère), s’accumulent dans les sols et finissent dans les cours d’eau et les lacs. Ils empoisonnent les microorganismes nécessaires à la fertilité du sol et sont une des causes principales de la chute de la biodiversité en Suisse. En quelques décennies, nous avons perdu 70 % de la biomasse totale des insectes ; une grande partie de la faune et de la flore aquatiques sont menacées d’extinction. 

Les pesticides de synthèse mettent aussi à risque la santé humaine. On les soupçonne de favoriser, entres autres, des cancers, des troubles neurodégénératifs, des malformations congénitales, l’obésité et le diabète. Certaines substances sont des perturbateurs endocriniens avec des effets négatifs sur le développement du cerveau des enfants à naître, même à des doses infimes. Une récente étude de UNIGE établit un lien entre la mauvaise qualité du sperme chez les jeunes hommes suisses et l’exposition de leurs mères aux perturbateurs endocriniens pendant la grossesse.

Face à ces menaces, il n’est pas « extrémiste », mais nécessaire de se passer des pesticides de synthèse. Les délais de transition (8 ans pour l’initiative « eau potable propre » et 10 ans pour l’initiative « pesticides de synthèse ») nous laisseront le temps d’opérer une transition en douceur, en prenant les mesures d’accompagnement nécessaires, notamment un soutien aux paysans et paysannes, une réorientation de la recherche et de la formation agricole.

Les opposants prétendent que les initiatives mettent en danger l’approvisionnement du pays et que nous serions contraints d’importer davantage d’aliments produits à l’étranger. Pourtant, au moins à long terme, la fertilité et donc la productivité des sols devraient augmenter sans pesticides de synthèse ; en outre les engrais de synthèse sont toujours permis. Par contre, si nous persistons à empoisonner les insectes, nous risquons de perdre les pollinisateurs, et alors la chute du rendement sera drastique.  

Quant aux importations, l’initiative « Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse » prévoit l’interdiction d’importer des aliments produits avec des pesticides de synthèse et protège donc l’agriculture suisse contre la concurrence déloyale. Indirectement, elle protège également les travailleurs et travailleuses agricoles à l’étranger qui sont, aujourd’hui, exposées à des produits hautement toxiques en produisant nos bananes ou notre cacao.

L’initiative « eau potable propre » lie les subventions agricoles à deux autres exigences importantes : renoncer à l’usage préventif des antibiotiques et nourrir le bétail avec du fourrage suisse. Les importations de fourrage (par exemple, de soja) sont une cause principale de la déforestation en Amazonie et ailleurs, et sont responsables de l’excédent de lisier et d’ammoniac en Suisse. Elles sont donc néfastes pour la biodiversité, la santé et le climat.

Votons donc 2 x OUI aux initiatives phyto le 13 juin – pour ne pas scier la branche sur laquelle nous sommes tous et toutes assis-es !

 

Alexandra Gerber

Alexandra Gerber

Conseillère communale, membre du comité