Interpellation

« Dark romance » est un genre que l’on peut traduire en « romance noire » ou en « romance interdite ». Cette dernière tendance à la mode raconte des aventures amoureuses basées sur la domination et la maltraitance imposée à des femmes soumises, kidnappées, torturées, réduites à l’esclavage.

En effet, l’histoire de base c’est une femme qui se retrouve sous l’emprise d’un homme qui lui fait subir des sévices tant physiques, que psychologiques et sexuels pouvant s’apparenter à des viols mais dont la particularité est que l’histoire se termine bien, avec souvent une femme qui tombe amoureuse de son bourreau.

Cette littérature qui fait l’apologie de l’homme brutal, dominateur et de la femme amoureuse soumise et dépendante met en scène des actes d’humiliation, actes qui, s’ils étaient pratiqués dans la vie, seraient du ressort de la justice pénale.

Or, si les adultes ont la capacité de faire la part des choses, on peut se poser la question de ce qu’il en est des jeunes. En effet, ces romans plébiscités sur les réseaux sociaux rencontrent un vif succès auprès des jeunes filles de 12-16 ans. Plusieurs spécialistes s’inquiètent des effets de telles lectures sur une possible influence sur leur construction personnelle affective et amoureuse.

Et si, bien entendu, il ne s’agit pas d’interdire ou de censurer, il est toutefois essentiel d’avoir des espaces d’échanges, de discussions et de prévention afin que la fiction reste de la fiction et ne devienne pas une forme de normalité.

Le meilleur endroit pour le faire est, certainement, à l’école ou au gymnase dans le cadre des cours de littérature. En effet, aujourd’hui encore, pour certaines familles, les discussions autour de la sexualité sont taboues. Par ailleurs, il peut être difficile pour des parents allophones de saisir le message relayé par ces livres.

Dès lors, nous avons l’honneur de poser les questions suivantes au Conseil d’État :

  • Est-ce que les enseignants ou bibliothécaires scolaires ont été sensibilisés à ce phénomène ? Si oui, quels sont les outils qui sont mis à leur disposition pour traiter de cette problématique ?
  • Quelles sont les consignes, recommandations de prévention et d’informations qui sont données à l’intention des élèves et des parents ?
  • Est-ce que des espaces d’échanges et de discussions sont prévus afin d’éviter une banalisation de la maltraitance ?
  • Est-ce que les infirmières, travailleurs sociaux et travailleuses sociales en milieu scolaire sont associés à cette prévention ?

D’avance, nous remercions le Conseil d’État pour ses réponses.